Canalblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

从水之道而不为私焉

Publicité
21 décembre 2013

Nanluoguxiang

SDC16773

NANLUOGUXIANG 南锣鼓巷

(texte et photos F.Pauchot, sauf mention contraire)

 

Un long article spécialement dédié à mes élèves. Tous viennent pour la première fois en Chine, cela se transforme en passion dévorante pour certains d'entre eux. Par quatre fois, nous avons logé ensemble Nanluoguxiang. Parce qu'ils ont pris le parti difficile d'apprendre le chinois, je souhaite qu'ils s'éloignent aussi vite que possible de ce sentiment légitime mais illusoire du touriste lambda qui fait des lieux où l'on réside à l'étranger un simple instantané où se confondent le personnel et l'universel. Il y a une histoire dans un lieu comme nanluoguxiang. Une histoire, des mutations, des évènements. Un décalage. Je souhaite donc par cet article que ces jeunes puissent sentir à quel point ils se sont intégrés dans une histoire qui les dépasse, nous dépasse tous. Comme disait john Cage: « On n'apprend rien de ce que l'on sait. »

Ci-dessous: le groupe d'élèves du lycée chopin, Nancy, octobre 2013.

P1110430

10425505_747679551954186_3127015787089520692_nCi-dessus, le groupe 2014, Photo Elisa Wallez-Dulieu. Ci-dessous, le même groupe au complet, photo F.Pauchot.

_1200559

 

L'été 2004, en stage à l'université Beigongda, district Chaoyang, j'ai retrouvé par hasard un vieux comparse rencontré en ce même lieu trois ans plus tôt, Christopher J., comparse de nuits interdites sur la muraille, interprète de son état, parisien, rockeur et producteur. Précisément, parce qu'il préparait une tournée en Chine de différents artistes français dans le cadre des « années croisées », il obtint un rendez-vous avec une responsable française de la chambre de commerce et d'industrie française à Pékin, rendez-vous auquel il m'invita. Ce soir brûlant du mois d'août, nous avons pris le taxi pour une destination connue de lui seul. Carrefour improbable, arrêt, la fille nous attendait, nous identifia sans peine. Jeune, souriante, pas de tailleur Chanel. Présentations rapides et elle nous entraîna dans une ruelle, pour nous conduire à un petit bouge Ouighour, une petite -minuscule- table carrée sur le trottoir, et nous voilà assis pour un dîner « d'affaires » entre Christopher et elle. Il ne me restait qu'à faire « tapisserie » ce qui, en vérité ne me dérange en aucune manière. La nuit tombait. Au milieu des palabres professionnelles, je goûtais les Nang ouighours, la bière Yanjing, l'air épais du soir, le passage des piétons. Peu avant de nous séparer, elle raconta qu'elle habitait ce quartier, que celui-ci « était en pleine mutation, futur quartier branché », et nous indiqua l'existence toute nouvelle d'une auberge de jeunesse, signe évident de la mutation en cours de ce coin de Pékin. Cette nouvelle m'intéressa, je lui demandai l'adresse: numéro 85, et la ruelle s'appelle Nanluoguxiang.

C'est là que, depuis plusieurs années, sauf exception majeure, je réside lors de mes séjours à Pékin, seul ou en famille. Et, à la veille de mon début de professorat en chinois au lycée Chopin à Nancy, j'étais loin d'imaginer que j'y emmènerais également des élèves de terminale!

Je connais cette rue depuis dix ans maintenant. C'est une artère plutôt étroite, en principe « piétonne » (hum...), orientée sud-nord, et qui constitue l'axe d'un râteau de hutong plus ou moins élégants et agréables. Nanluoguxiang est longue de 800 mètres et relie les avenues -qui lui sont perpendiculaires - Di'anmen dong au sud, et Guloudong au nord. Nanluoguxiang est l'axe médian d'un quadrilatère formé par les deux avenues évoquées ainsi que, à l'est, l'avenue Jiaodaokou et à l'ouest, Di'anmenwai. Quadrilatère de plus de 600 000 mètres carrés.

Ci-dessous, dans une rue adjacente, un vrai véhicule de hutong.

_1010244

_1010255

Ci-dessous : rue nanluogu, on se presse pour déguster du doufu puant (qui porte bien son nom)

SDC16786

Rue adjacente, à côté d'un petit boui-boui salar, où goûter des nang et des brochettes de mouton épicées délicieuses.

SDC16784

Ci-dessous: sur Shajing Hutong, une de mes boutiques préférées.

image164

La lumière des phares sur le sol à Shajing Hutong, ci-dessous.

SDC16791

_DC10315

Ci-dessus: dans le restaurant Salar, fangzhuanchang hutong. Ci-dessous: idem, la serveuse avec des élèves de Chopin, juillet 2009. Photo: X.

_DC10568

SDC10563

Ci-dessous: le bonheur de dîner dans les restaurants jiachang家常, du yuxiang rousi 鱼香肉丝 ou gongbao jiding 宫爆鸡丁.

_1030779

 

Autrefois, toutes les villes chinoises étaient composées de ces regroupements de maisons séparés par des artères plus larges. Cette organisation en damier a une fonction anti-insurrectionnelle et c'est bien sûr sous le règne légiste des Qin (221 à 206 avant Jésus-Christ) que ce principe urbain devint le fondement de l'organisation des villes. Sous la dynastie Qin, ces quartiers -au sens étymologique du terme: « Découpe »- recevaient le nom de Li . Aujourd'hui, de nombreux quartiers de Pékin ont conservé leur appellation de Li (même si à cette époque Pékin était encore loin d'exister!): Ping'an li, 平安里par exemple. Li « dedans » mais surtout Li « village ». Dans l'organisation sociale de l'époque on disait 五家为邻五邻为里 « 5 familles forment un lin (voisinage, groupe de voisins), cinq lin forment un Li » Un Li regroupe donc 25 familles. On parlait aussi, à la même époque, de ou Lü li (ou 闾里). Le principe était le suivant: « 8 familles forment un lin, trois lin forment un  ». Soit 24 familles pour un , contre 25 pour un Li. Cet écart numérique est fortement chargé symboliquement, il est connu historiquement et découle du système numérologique qui attribue les valeurs 3 au ciel, 4 à la terre et 5 à l'être humain, de la formation du triangle rectangle, sa rotation annuelle figurant celle de la Grande ourse autour de l'Étoile polaire, et la possibilité de déduire le théorème de Pythagore de ces principes chinois. Tout cela est décrit par Alice Fano dans son ouvrage remarquable « Les neuf figures de base de la pensée chinoise ». Nous en reparlerons ailleurs.

D'autre part, si chaque Li ou Lü était un quadrilatère, ceux-ci étaient toujours coupés en deux parties par un axe nord-sud. Par exemple, pour un , il y avait un Lü-zuo et un Lü-you (Lü-gauche et -droite) Sous les Qin, les pauvres habitaient à gauche et les riches à droite.

A partir de la dynastie des Wei du nord (beiwei), ces appellations ont laissé la place à celle de Fang. En réalité, un fang est une moitié de Li ou de Lü. Fang désigne d'abord la ruelle qui coupe un li en deux parties, et par extension, désigne le quartier dans son ensemble. Sous les Tang, la capitale, Chang'an (长安ou xijing 西京) était composée de 108 fang! Il faut dire que c'était alors, et de loin, la plus grande ville du monde. Quant aux Yuan, qui perpétuèrent ce modèle pour leur capitale Khanbalik -dadu en chinois, la future Pékin- ils divisèrent celle-ci en 50 fang. Enfin, et c'est une initiative historique du troisième souverain des Ming, Yongle, l'ex-Khanbalik est devenue la nouvelle capitale chinoise, Pékin, et cet empereur réorganisa l'ensemble en 28 fang. La réunion de deux fang était nommée « zhaohui jinggong fang »: zhaohui fang à l'est et jinggong fang à l'ouest et toujours une ruelle rectiligne entre les deux.

Sous les Ming, l'une de ces ruelles séparant un zhaohui d'un jinggong s'appelait « luoguo » soit « rue en forme d'arc », ce qui est symbolique car l'artère en question est parfaitement rectiligne (Peut-être un écho au canal Jinshuihe qui traverse la cité interdite et possède réellement la forme d'un arc?). Lorsque, en sa quinzième année de règne (1750), l'empereur Qianlong des Qing redéfinit le cadastre de la capitale, Luoguo fang devint Nanluoguxiang! (« Rue du gong et du tambour »).

Petit carrefour "rural" en plein Pékin, marché, délices, lenteur et tiédeur estivale loin , -et pourtant si proche, 200 mètres-, de nanluoguxiang, au début de Fangzhuanchang Hutong, 方砖厂胡同.

_1030809

Ci-dessous: c'est ici que "mes" terminales de 2013 ont goûté aux jiaozi, raviolis.

_1030822

 

_1030823

_1030827

_1030862

 

Beaucoup d'histoire, donc, pour cette rue devenue le pendant central de Sanlitun, -trop à l'est?- le premier quartier branché de la capitale. Il est troublant de constater que Sanlitun est situé en dehors du centre historique de Pékin, du « Pékin des Ming » peut-on dire, et d'autre part, très à l'est, sur cet axe Est-ouest caractéristique du Pékin moderne dont Cyrille Javary associe la polarité spatiale au mot chinois dongxi, 东西« la chose » matérielle, écho du matérialisme triomphant, autant celui « dialectique historique » des années Mao que celui des années fric contemporaines. Or nanluoguxiang se situe bien dans le pékin historique, à un jet de pierre des tours du tambour et de la cloche et surtout, à quelques 400 mètres de l'axe du dragon, axe symbolique de la ville. Retour à la tradition? Tout comme le parc olympique a été placé sur l'axe historique et que l'ancienne porte d'entrée de Pékin, Yongdingmen, a été rebâtie pour l'occasion... Nanluoguxiang n'est pas le quartier des « expat's » mais bien celui des chinois. Marshall MacLuhan parlait de la « loi de réversibilité des médias surchauffés »... Lorsque la Chine s'occidentalise à vitesse « grand V », il y a retour de balancier, retour à la tradition. Danser la techno, oui, mais dans la ville mongole! Les néons et halogènes éblouissent la ville ancienne, qu'à cela ne tienne, « nous allons révéler » ce passé.

L'auberge, qui est devenue ma résidence pékinoise, Beijing Downtown Backpackers Accomodation (Abr-: BDPA), faisait face à des habitations, puis des commerces (...qui habite encore nanluoguxiang?) -voir plus bas- et aujourd'hui, novembre 2013, à un chantier. Sur les palplanches qui masquent ce qui va devenir un parking, une exposition très bavarde sur le passé du quartier. J'y apprends que le grand peintre chinois du XX° siècle QI Baishi a passé les dernières années de sa vie Yu'er hutong, à 50 mètres de nanluoguxiang... Et cette exposition est exclusivement rédigée en chinois, pas un mot d'anglais. Il y a un talent phénoménal des chinois à rester eux-mêmes lorsque les occidentaux condescendants crient au loup, « la Chine disparaît! ». A Suzhou, une boîte de nuit, techno-boom-boom', s'appelle YES. Mot anglais par excellence, mot yang et lumineux, branché et incitatif. Non seulement la lumière mais aussi la quintessence du mot occidental - « oui » et « non » n'existent pas en chinois. Oui, c'est le cas de le dire, la Chine est ouverte sur l'occident. Mais le meilleur est la transcription phonétique de YES, dans ce night-club : yeshi 夜士, « le lettré de la nuit » ou, pourrait-on dire: « le maître de la nuit ». Nous voilà loin de l'éclat éblouissant de « yes »! L'écriture chinoise possèdera toujours sa part d'ombre, impénétrable, et même invisible, insoupçonnée, au citoyen européen lambda: son écriture. Ainsi, à force de se relooker en créperies-churros-snack-prêt-à-porter, nanluoguxiang affiche son passé, de plus en plus. Certes, on pourrait parler comme ce personnage de « Astérix et les normands »: « Ce qui est intéressant dans les voyages c'est de voir comment vivent les gens avant de les massacrer »... Être fier du passé de nanluoguxiang pour mieux la massacrer?....

 

DSCN9759

 

Ci-dessous: Nanluoguxiang mesure son activité au nombre de déchets autour des poubelles.

SDC16772

SDC16776

Ci-dessous: stigmate de la folie Nanluoguxiang sur le frigo des Pauchot's, à Nancy.

_1140237

 

 

 

 

J'ai connu cette rue encore revêtue de ce goudron caractéristique des hutong, mais recelant déjà quelques bars et boutiques new look qui lui amenèrent sa célébrité.

Aujourd'hui, les petits boui-boui populaires qui y survivaient encore ont disparu. Ce n'est plus que bars, boutiques, fast-food en tous genres et surtout, à partir de midi (et pire le weekend), c'est devenu un trottoir parisien sans les chaussées. Noir de monde, des chinois en masse qui viennent là photographier des longs nez qu'ils savent rencontrer ici à profusion, se gaver de brochettes diverses, de churros, de glace, de doufu puant, de yaourt, se remplir de sodas, de cocktails, et déambuler, -je ne jette pas la pierre, nous aimons le faire aussi-, dans les boutiques de fringues, de gadgets, de cartes postales, de bijoux tibétains, de photo, de vêtements de sport. Des chinois, et des occidentaux qui sont là parce que « ça fait in ».

Dans cette rue, l'auberge, contrainte d'afficher en gros sur sa porte « xiejue canguan » (« Désolés, on ne visite pas ») tant ce tourisme urbain les a conduits à renvoyer par centaines les badauds qui entraient « pour voir où vivent les laowai », fait figure d'ancêtre. Car il n'y a pas que le chaland qui passe : les boutiques aussi. En face de l'auberge, « Fraise rouge » (en français dans le texte), a disparu, alors même que cette boutique prit la place d'un projet apparemment porté par des occidentaux. Qui profitèrent avant cela du placement en maison de repos de l'inénarrable monsieur Du, un vieux chinois obèse tour à tour jovial et acariâtre, ancien professeur de français, dit-il, qui sortait en pyjama de son taudis dégoûtant, appuyé sur sa canne, et qui ponctuait tous ces discours à mon endroit par un tonitruant « Monsieur comprend? » en français... Oui, nous avons connu Nanluoguxiang du temps de monsieur Du, aujourd'hui rangé au placard. Ou peut-être décédé.

DSCN0901

DSCN0902

BDPA, il y a quelques années. Notez que le banc a disparu aujourd'hui:... c'est interdit!!! Et la pub pour les prestations de l'auberge était rédigée sur un tableau à la craie...

DSCN5350

ci-dessus: devant l'auberge BDBA, la famille Pauchot, et Monsieur DU, sa canne et son ventre sans voile.

_1030781

Ci-dessus: Sophie P. interviewée devant BDBA...

DSCN1123

Ci-dessus, le bar de l'auberge BDPA, petit déjeuner. Ci-dessous: la vue depuis le bar de BDPA.

DSCN1126

DSCN1284

_1110493

Ci-dessus: octobre 2013, bar de BDBA.

Il y avait aussi un bar à guitare au coin (jita ba). Ses mélopées calmes et cristallines qui flottaient là le soir ont récemment disparu. Ces trois maisons (guitare, fraise rouge et celle entre les deux), sont rasées : c'était la nouveauté 2012. Pour faire place à un projet... abandonné faute d'une trésorerie suffisante. Derrière le rideau pudique, par les petites déchirures : la ruine, et même quelques rats bienheureux. Puis, en 2013, les pelleteuses sont revenues: il y aura un parking souterrain.

DSCN0857

Ci-dessus et ci-dessous: au coin, à 10 mètres à gauche de l'auberge BDPA, 2005. Maison détruite pour y faire le bar à guitare.

DSCN0989

Ci-dessous: le bar à guitare.

DSCN5564

Ci-dessous: la terrasse du bar à guitare. Au fond: l'auberge BDPA.

DSCN5455

Ci-dessous: en face de l'auberge, il y a quelques années. La vieille boutique fermée depuis des lustres à côté de l'auberge, à gauche en sortant, vestige muet de l'ancien temps, a jeté ses panneaux de bois ancien pour la lumière halogène: boutique chic, objets chics pour clientèle chic. Quant au sol, fini le goudron des pauvres, place aux pavés auto-bloquants du monde moderne. La guitare est remplacée par les beuglements des karaoké, les Dylan chinois d'un soir, payés au lance-pierre dans les bars, et les chanteuses-synthétiseurs sincères mais beuglantes dans des sonos saturées.

Ci-dessous: devant l'auberge, en 2010. Vue depuis le toit.

 

_DC10521

 

DSCN1122

Auberge BDPA, 东堂客栈 (dongtang kezhan): Apple, l'ancienne gérante, originaire de Fengtai, banlieue de Pékin, qui a quitté ses fonctions pour s'occuper de ses parents malades.

Apple bavardait souvent avec moi. Un jour elle m'a avoué qu'elle n'aimait pas les allemands. Le personnel de l'auberge, dévoué et aimable, qui travaille 90 heures par semaine minimum et voyage très peu et jamais en dehors de Chine, héberge des personnes de toutes nationalités. C'est une sorte de tour de contrôle qui dirige ces voyageurs aux quatre coins de Pékin et de la Chine sans partir eux-mêmes. Ils peuvent nous conduire au Tibet.

C'est justement ce qui justifie sa méfiance et son amertume face aux touristes allemands. Apple me dit qu'un jour vint à l'auberge un voyageur allemand, qui voyageait seul. Dès son arrivée, il s'est renseigné auprès d'elle pour un séjour au Tibet. Apple lui fournit tous les renseignements, les formulaires à remplir et s'est occupée de lui fournir le visa nécessaire ainsi que les billets de transport jusqu'à Lhassa. Le jour dit, le voyageur quitta l'auberge pour n'y jamais plus reparaître. Quelques semaines plus tard la police chinoise a débarqué à la réception pour interroger Apple. Ils lui annonçèrent que ce touriste était en réalité un journaliste déguisé et qui avait effectué un reportage « illégal » et « hostile à la nation » -entendez favorable à la cause tibétaine- publié dans la presse occidentale. Il est certain que ce voyageur est désormais « grillé » et n'obtiendra plus jamais de visa pour la Chine. Mais Apple eut les pires ennuis avec les autorités chinoises qui l'accusèrent de soutenir et d'aider de tels « agissements ». Elle s'est sentie trahie par cet homme et garde une amertume immense.

image400

Ci-dessus: la réception de BDBA avec élèves de Chopin, été 2010. Photo: Apple.

Ci-dessous: même lieu, même date. Apple est sur la photo.

image403

 

DSCN8121

 

Ci-dessus: Devant BDBA, un taxi, tôt le matin. Départ pour l'aéroport. Dans le taxi Françoise et Aloïs P., le reflet: Sophie et Vivian P. Ci-dessous, le taxi s'en va: on voit sur la droite les bâtiments aujourd'hui rasés pour un parking.

DSCN8123

Ci-dessous: traces d'élèves du lycée Chopin sur un mur dans l'auberge BDBA.

resume (82)Ci-dessous, en face de l'auberge, devant le rideau qui cache les travaux du futur parking, le groupe d'élèves 2014 photographié par le personnel de BDBA.

10616114_776024692477406_3305399315890504646_n

10616132_776024602477415_8963424138791287313_n

10622757_776025079144034_8664842026134390433_n

10711076_776024752477400_5946643315097720314_n

 

Ci-dessous: quatre vues du toit de l'auberge.

R001-171

SDC12660

SDC12661

DSCN1280

Ci-dessous: une épicerie rue nanluoguxiang, épicerie populaire, peut-être la dernière. En 2013, sa surface a réduit. Ils vendent des brochettes de scorpions pour s'adapter à la nouvelle clinetèle de la rue. des scorpions et des cigares, denrée rare à Pékin. Au cours du séjour 2014, le rideau s'est abaissé sans le voir se réouvrir. La fin? En tous cas, j'aurai fait des courses ici son avant-dernier jour d'existence peut-être.

SDC10258

Ci-dessous: ue boutique de churros sur Nanluoguxiang, été 2010. L'employé désoeuvré rédige un SMS... Il est en contact avec une des élèves du lycée Chopin présente ici cet été là.

image426

Ci-dessous: l'annexe du commissariat de Jiaodaokou, rue Nanluogu. Ici, on délivre aux chinois non pékinois (non titulaire d'un Hukou à Pékin) mais devant résider dans la capitale pour quelque temps leur permis de résidence temporaire.

_DC10520

DSCN0992

 

Le commissariat. Il fut l'objet d'un incident cocasse. Un après-midi d'été, avant que je ne reparte dans Pékin avec ma famille, je m'étais assis sur le petit banc aujourd'hui supprimé, fumer une cigarette.

Un marchand ambulant de journaux passe en psalmodiant « Beijing wanbao! Beijing wanbao! » (北京晚报) « Pékin-Soir ». Je l'arrête et achète l'édition du jour. Je commence à survoler le journal et entend soudain, vers la droite, le tintement caractéristique des rickshaws qui promènent les touristes dans le « vieux Pékin ». Notons au passage que « le vieux Pékin » est un non-sens. C'est plaquer une réalité urbaine européenne sur celle de la Chine. S'il existe bien un « vieux Strasbourg », un « vieux Nancy », un « vieux Tours », ce quartier « des lacs », Shishahai, n'est pas un vieux Pékin qui serait le noyau originel de la ville. Le « vieux Pékin », c'est Pékin, tout simplement! Plus exactement, ce qu'il en reste.

Voilà donc une colonne de rickshaws qui déboule tranquillement dans Nanluoguxiang. Alors que le premier d'entre eux passe au niveau du commissariat, le touriste assis crie « Stop! Stop! ». Le chauffeur freine, s'immobilise devant BDBA et la colonne est arrêtée. L'homme, occidental, descend du rickshaw, recule de quelques pas pour photographier cette belle bâtisse colorée. Sa femme, a tendu la main dans le vide, stressée, comme pour lui dire « Mais tu es fou! Tu ne dois pas descendre ici! ». Un couple jeune, trentenaire.

Le mari peaufine ses cadrages, le chauffeur promène son regard ici ou là et m'aperçoit avec le journal sur les genoux. « Ai! Ni hui kan zhongwen, a! » “!你会看中文,! » (« Hé! Tu sais lire le chinois!? ») me lance-t-il. Et derechef lancer aux touristes quelque chose du genre: « Hé! Regardez! Un « comme vous » qui lit le chinois! », très excité et hilare. Madame-qui-a-peur-pour-son-mari ne comprend pas -elle ne parle pas chinois-, mais tourne sa tête vers la direction pointée par le chauffeur, et m'aperçoit à son tour. Elle détourne la tête avec une moue certaine. Le chauffeur me dit: « Parlez leur! ». Je lui demande quelle est leur nationalité, il répond qu'il n'en sait rien. Ce sont des allemands. Et cette jeune allemande continue de m'ignorer: je constitue de toute évidence un spectacle insupportable pour elle. C'est vrai quoi, elle qui se réjouissait à l'idée de frimer devant ses copines au retour pour avoir eu le courage indianajonesque de pénétrer dans les coupe-gorges pékinois, elle constate que l'on peut s'assoir tranquillement, avant elle (c'est le pire), et tout en lisant le chinois. Encore une fois, il y a ce fantasme larvé d'être Marco Polo, le premier en Chine... C'est désolant.

Le mari, une fois ses photos terminées, remonte, heureux, excité et souriant sur le véhicule. Je lui dis: « Vous savez ce que vous avez photographié? C'est un commissariat de police! » Il était heureux de cette information, c'est une chose qu'il va pouvoir transmettre à ses proches au retour et il en sera simplement fier, sans excès, juste de l'enthousiasme. Lui, il est cool; sa femme, une vraie conne.

SDC19977

Ci-dessus, à côté de la tour du tambour, des rickshaws touristiques.

Raw00306

Ci-dessus, été 2009, premier jour de voyage pour les premiers élèves de chopin en chine, devant le commissariat. C'est l'été: il pleut...

Raw00307

A l'ouest de l'avenue Di'anmen wai, la limite ouest du fang de nanluoguxiang, il y a le quartier Shishahai 什刹海, connu lui-aussi pour ses résidents fameux (Song Qingling, la veuve de Sun Yatsen, les écrivians Guo Moruo et Liu Xinwu, le peintre XU Beihong,...) et devenu la station balnéaire intra-muros de la ville, un Saint-Tropez greffé sur l'ancien système géomantique chinois, fengshui, qui « suit le cours de l'eau » 河沿 heyan. Autant dire qu'une certaine « tension », un potentiel, des volts, existent entre shishahai et nanluoguxiang. Le mouvement entre les deux électrodes risque de bouleverser l'espace qui ne revendique rien d'autre que d'être vide. Voilà, en bas (ouest)  de shajing hutong 沙井胡同, la photo d'affiches rédigées par le propriétaire d'une siheyuan, lassé par le passage incessant des touristes devant sa maison:

 

_1120581

 

 

别烦我院

什刹海畔

南锣鼓巷看。

特色酒巴有奇店。

八方来客游玩。

胡同文化罕见

幽静躲过闹烦。

我院生活平静,

游人请勿参观。

 

_1120582

我院无风景,

君勿往里行。

谁若拍照片,

相机变黑屏。

 

_1120580

 

 

我院居老百姓,

没有古迹与名胜。

游人请勿进我院,

劝君取经往西行。

我院不是清东陵,

你也不是孙殿英。

莫进我院来探访,

盗贼名声不好听。

 

Ne venez pas troubler ma maison,

allez au bord des lacs à Shishahai,

et voir la rue Nanluogu.

Vous y trouverez bars spéciaux et boutiques surprenantes,

tous touristes y sont les bienvenus.

La culture des hutongs est par trop subtile,

une sérénité qui se protège de l'agitation.

Nous vivons tranquillement ici,

n'entrez pas visiter notre maison!

 

Rien à voir dans notre maison,

n'entrez pas ici.

Quiconque ferait une photo...

son appareil ne s'en remettrait pas...

 

Dans cette maison: monsieur et madame tout-le-monde,

ni vestiges ni site classé.

Touristes, n'entrez pas ici!

Si vous voulez vous instruire, je vous conseille d'aller vers l'ouest(1).

Notre maison n'est pas le mausolée oriental des Qing,

vous n'êtes pas Sun Dianying (2).

N'entrez pas faire votre « enquête » ici,

vous vous feriez la réputation exécrable des brigands.

 

 

  1. donc vers Shishahai...

  2. Référence à Sun Dianying, seigneur de la guerre qui, l'été 1928, a organisé et perpétré le sac des tombes impériales des Qing, site de l'est, et notamment les sépultures de l'empereur Qian Long et de l'impératrice douairière CiXi. Les vandales allèrent jusqu'à dérober à la morte ses sous-vêtements ainsi que la perle placée dans sa bouche juste avant ses obsèques.

Ci-dessous: dans les bars de shishahai.

DSCN8175

DSCN8180

Ci-dessous, à Shishahai, pont entre Qianhai 前海et Houhai 后海 (pont Yinding qiao 银锭桥  "le pont du lingot d'argent", que l'on voit sur la video de la leçon 1.1 de la Méthode d'initiation à la Langue et à l'Ecriture Chinoises" de Joël Bel-Lassen), été 2009, deux élèves de Chopin, Léa C (Léa Lala) et Adeline G. Photo: Delphine K.

DSCN1249

Nanluoguxiang: seuls les touristes prétentieux et ignares, fraîchement débarqués de l'aéroport, imposent encore aux chauffeurs de taxi de s'y engager jusque devant l'auberge... le cauchemar des taxis ! Désormais, on se fait larguer au carrefour sur Gulou dongdajie, et les chauffeurs poussent un soupir de soulagement. J'en ai même connu un qui m'a rendu 5 yuans pour la « délicatesse du geste »: s'enfoncer dans la rue nanluogu, pitié, plus jamais ça!

Le plus drôle dans cette folie urbaine, c'est que les hutong adjacents à ce boulevard miniature, sont déserts!!! Malheureusement, je crains qu'ils doivent bientôt absorber le surplus de clientèle que va immanquablement apporter la toute nouvelle station de métro qui porte le nom fatal de...Nanluoguxiang. C'est bien dommage car là est le vrai « vieux Pékin » dont rêvent les touristes baladés en rickshaw dans le quartier. On y trouve encore des marchés populaires, des boutiques sales et bon marché, de vrais produits chinois, fruits légumes, baozi, jiaozi, melons, pastèques, liserons d'eau, doufu frais, piments, ananas sculptés, brochettes et nang du far-west chinois, alcool de sorgho, herbes médicinales, commerces de première nécessité, pharmacies, les flics et les chiottes, un coiffeur mystique qui coiffe et fait de la divination... Et les vrais restaurants jiachang, vingt mètres carrés, carrelage et néons poussiéreux, pas de poubelle, on jette tout au sol, on boit la bière Yanjing, on rote et crache, on gueule comme un putois, on avale un bol de xiaodaomian à dix yuans sur une table bancale en formica, le PQ sur la table (mais pas aux toilettes), on est simplement heureux d'être là, d'être reconnu, d'une année sur l'autre par la serveuse.

Ailleurs, à l'écart de ces mini centre-ville fort ruraux, les ruelles sont agréables, souvent arborées, décorées ici ou là par des habitants rêveurs de tonnelles fleuries, et, les jours de soleil, le linge qui sèche projette de gracieuses ombres sur les murs gris. Les enfants jouent et font du vélo. Les vieux jouent aux cartes, aux échecs ou au mah-jong. Les familles de réunissent et fusionnent sur la chaussée. La nuit, dans le silence des cerfs-volants lumineux qui s'envolent au loin, parfois le chant nocturne d'un grillon. Un scorpion qui passe.

Devant les maisons endormies, des véhicules dignes de BD de science fiction des années 30. Des bidules qu'on ne voit jamais ailleurs, formidablement étroits, c'est à dire adaptés à l'étroitesse des hutong. Or, ce qui menace le plus ces ruelles, c'est moins les promoteurs que l'on commence, plus ou moins mollement d'aller bétonner ailleurs, que ces maudites bagnoles. Autrefois, l'habitant type du hutong se déplaçait en vélo, mais avec la flambée du prix de l'immobilier, le résidant de ces quartiers paisibles possède bien sûr son auto. Et les voilà qui débarquent à 10 kilomètres heures à leur grand dam, klaxon hurlant, qui s'enfoncent dans ces défilés étroits pour gagner leur domicile. Le plus drôle, -oui, je m'en amuse-, c'est quand deux de ces tarés se croisent ! Cela m'évoque un texte que présentait une candidate que j'examinais au bac cette année : une française demande à un chinois : « Tu as une voiture? « Mais oui, bien sûr! » « Et pourquoi? » demande la française. « Autrefois, j'allais au boulot à pied, ça me prenait 20 minutes. Alors j'ai acheté un vélo, je mettais cinq minutes. Maintenant j'ai une voiture, je mets une heure et il faut compter vingt minutes pour me garer. » « Alors, s'étonne la française, pourquoi une voiture? « Et bien ! Vous avez bien des voitures vous, alors pourquoi pas nous!?!? » Excellent diagnostic de la middle-class chinoise et de son entêtement à pénétrer les hutongs en Audi. Ce qui est le plus facilement partagé de façon universelle, c'est la bêtise.

Retour rue Nanluogu. Il y a une chose qui est tenue secrète dans le bagout des branchés, c'est que Nanluogu signifie, pour qui connaît l'art toponymique pékinois, qu'il y a une beiluoguxiang. De l'autre côté de la rue Guloudong. Nanluogu, c'est « rue du gong et du tambour-SUD, et l'autre, c'est son pendant nord. C'est un miracle, peut-être provisoire, qui tient cette seconde ruelle à l'écart du « progrès ». Pourtant, elle gagne à être connue : en remontant cette rue, il suffit de tourner à droite (vers l'est) rue Cheniandian et on file en ligne droite vers le Yonhegong, le temple des lamas.

Beiluogu xiang est le pendant antique de sa collègue du sud : les mêmes boutiques que dans un hutong « normal ». Mais ce qui me frappe, c''est le nombre d'entreprises de recyclage. En d'autres termes, certains passages de beiluoguxiang sont des taudis où les sanlunche (tricycles motorisés) viennent décharger leur moissons de déchets collectés ici ou là, pour être triés et assemblés par catégories sur les camions. Et c'est sûr, côté NANluoguxiang, il y a un sacré marché ! Un marché "libre" où tout un chacun peut ramasser les bouteilles en plastique et autres déchets recyclables et venir les vendre au poids à ces entreprises dont les patrons sont parfois millionnaires.

Nanluoguxiang. Deux heures du matin. Le calme enfin. Apparemment, c'est vers cinq heures du matin que les équipes dédiées et joyeuses entament le nettoyage des écuries d'Augias : la rue Nanluogu. A cette heure-ci, elle est déserte. Quiconque a pris le bus de l'auberge pour aller à Jinshanling sur la muraille, ou a un train pour Suzhou à 7 heures, voire un avion très tôt pour le retour au pays (ce fut le cas cette année) sait combien Nanluogu est déserte à cette heure. Même les taxis ne renâclent pas à s'y engager, c'est dire. On dit la Chine sale, oui, mais jamais autant que quand il s'agit de la Chine bourgeoise. Cela me fait penser à l'état de saleté scandaleux des cabines de classe-affaire dans les avions de compagnies chinoises (pas seulement chinoises d'ailleurs), que les prolos de passagers de la classe économique que nous sommes contraints de traverser pour descendre de l'avion : ces gorets de nouveaux-richess bouffis paient cher alors le personnel n'a qu'à nettoyer. La rue Nanluogu, après le rush de douze heures à cent cinquante personne à la minute, n'est plus qu'une poubelle. Deux heures du matin donc. Je ne sais plus pourquoi et comment je me trouvais là. Le calme, enfin. Je perçus le froissement tristement sensuel de la fouille dans une poubelle. S'il existe encore dans cette rue des personnes civilisées et délicates, ce sont celles qui font les poubelles. Parfois je me dis que si je devais refaire ma vie professionnelle, je serais star du rock, pilote de ligne ou j'irai nettoyer la Chine. Ces gens sont lents, méticuleux. Ils portent des gants et font attention aux plus petites choses. Ils sont patients. Je ne ris pas, ce bruit est vraiment sensuel. Il est apaisant après le vacarme de la foule.

Là, cette vieille femme courbée, 80 ans. Avec son tricycle miteux, chargé à bloc, et entouré de sacs en plastique au contenu bien précis. Courbée, elle explore le contenu de la poubelle, … il y a de quoi, et c'est là son triste secret. En apparence. Si tant est qu'en cet instant ma fade pensée d'européen sache vraiment distinguer l'apparence du vrai. Il faisait une chaleur épouvantable. Celle du fond des poubelles. Elle met, comme font toutes celles et ceux qui s'exercent à cela, un temps précieux à séparer le plastique, du bois (les tiges de brochettes), et tout le reste. Si, je vous l'assure, ce bruit et ces gestes sont patients et sensuels. Comme disait Tronchet : « Riez! Riez! Vous ne savez pas de quoi demain sera fait! » Ce soir là, demain était aujourd'hui, devant moi, dans Nanluoguxiang déserte.

La chaleur, encore une fois. Cet été, deux jours après notre arrivée, je fis des photos de nuit dans les hutongs, après le dîner dans un boui-boui qu'on adore. Je m'approchai d'un mur pour un meilleur point de vue : la sueur se mit à sourdre de mon corps à grosses gouttes : les briques des Siheyuan, bien réfractaires, accumulent le chaleur du jour et la restituent le soir comme le fait un four . Les poubelles sont contre les murs. Je me suis approché de cette femme et après l'avoir saluée, lui ai demandé si elle avait soif, lui proposai telle ou telle boisson. Elle préféra parler, un peu. Mais oui, elle voulait bien un coca, j'en fus surpris. Au frigo à l'entrée de l'auberge, je pris un coca glacé, -je paierai demain, l'employée dormait-, et suis retourné auprès de la mémé. Elle a bu goulûment le tiers de la bouteille, qu'elle a ensuite fixée précautionneusement sur un lieu élu de son char. Elle continua de fouiller dans la poubelle tout en bavardant. Elle voulait bien un peu d'eau. Je partis donc dévaliser encore un peu plus le frigo de l'auberge. Elle se rafraîchit encore un instant et rangea la bouteille. Elle se réjouit aussi de ma bouteille vide, rangée avec les autres.

Elle est veuve. Sa pension est trop maigre, elle fait cela pour compléter sa maigre retraite, me dit-elle calmement. A ma question « Pourquoi si tard? » elle répondit :

« Parce que j'ai honte.... »

A ce moment là, tous ceux qui aiment la rue Nanluogu dormaient.

_1110964

Ci-dessus: Octobre 2013, quelqu'un fouille dans les poubelles. Au fond Fangzhuangchang Hutong 方砖厂胡同 (hutong de l'usine des briques), la ruelle qui rejoint Di'anmen wai dajie, celle où se trouve le restaurant quasi quotidien du séjour d'Octobre 2013 et 2014 avec les élèves de Chopin.

DSCN5603

Ci-dessus: croisement de beibingmasi hutong 北兵马 司 胡 同 avec nanluoguxiang (côté est).

DSCN1090

Ci-dessus et ci-dessous, une gargotte du xinjiang, rue Nanluogu, aujourd'hui remplacée par une boutique chic.

DSCN1094

DSCN1098

Ci-dessus: son personnel, des musulmans Ouighours. Que sont-ils devenus?

DSCN5586

Ci-dessus et ci-dessous: avec ce petit bouge ouighour, on pouvait dîner dehors, ce qui était déjà interdit. Au fond, le bar "Saveurs de Corée" (en français dans le texte), aujourd'hui disparu, lui aussi...

 

DSCN5980

Dîner en "terrasse" nanluoxiang, un plaisir aujourd'hui interdit. Sur la photo, de G. à D.: Laetitia M. et Sophie P.

Ci-dessous, en 2005/2006, des restaurants "jiachang" 家常 sur nanluoguxiang. Il n'en reste plus aucun aujourd'hui!

DSCN5582

DSCN5584

DSCN0900

R001-153

R001-157

Extrait du récit "Coeur-rivage" sur ce même  blog. Un évènement qui eut lieu dans ce petit rade ouighour, celui-là même où je dînai un soir de 2004 avec christopher J. et la fille de la chambre de commerce: mes premiers pas sur nanluoguxiang.

 

"Vers minuit passé, je remontais tranquillement une ruelle perpendiculaire à la rue nanluogu, comme pour m’extraire d’un entrelacs de ruelles sombres et désertes que je ne saurais vraiment décrire ni situer et où il me fut si doux et long de me perdre sans peur. Au coin, je le savais, il y a ce petit restaurant modeste du Xinjiang où j’allais souvent manger. A ma surprise, il était encore ouvert. Un des serveurs m’a vu, fait signe de m’asseoir. Je n’avais pas envie, mais je me suis assis à une petite table carrée, sur le trottoir. Il me dit : " Wu ge yangrouchuan, yi wan mifan, yi ping pijiu ! " … mon menu habituel. Je n’avais pas faim, mais j’ai dit oui… Assis sur le tabouret, seul. Le patron est venu me voir, s’est assis en face de moi. On a discuté un peu, j’ai fait des photos de son petit gamin avec mon Coolpix.

 La table à côté : trois chinois, une chinoise. La trentaine. Une quinzaine de cadavres de bière Yanjing, une montagne de coquilles de cacahuètes éparses au milieu des reliefs de plats et des tiges de brochettes. Ils parlaient fort, riaient.

 Alors que j’avais presque fini de manger mes brochettes, la fille, assise de l’autre côté de la table, s’est levée avec une brochette à la main, elle est venue s’accroupir devant le chien qui se trouvait presque sous ma table. Elle était assez jolie, un pantacourt en soie noire, pieds nus dans ses talons aiguilles. Elle proposa la brochette au chien déjà repus… Elle sait parler aux chiens errants. Je savais qu’elle était venue pour me parler. J’ai pris mon coolpix, je l’ai prise en photo, elle a souri. Elle a dit : " Tu…tu…tu.. sais parler chinois toi ? ! " Je lui ai répondu " Un peu " et elle m’a demandé : " Tu…tu…tu.. viens d’où ? " " France.. " Elle a roulé ses pupilles et soupiré : " Aaaaah… c’est si romantique …. Euh.. dis.. ça te…te…te dirait de venir t’asseoir avec moieuh, enfin, avec nous ?" J’ai dit oui. Elle s’est levée, toute souriante et je l’ai suivie. Je n’étais pas vraiment sûr d’avoir envie, mais disons que je  rebondissais après un excès de yin. Elle a annoncé à la tablée : " Nous avons un ami français ! " Les trois chinois m’accueillirent gaiement et bruyamment. L’un deux, un peu gras et replet, tira une chaise près de lui et me fit signe de m’asseoir. La fille désapprouva vivement, l'homme n’insista pas, c’est elle qui plaça une chaise à côté de la sienne et me la désigna du doigt. Elle ne l’avait pas mis à côté de la sienne, mais contre la sienne. Une fois assis, elle colla sa cuisse contre la mienne.

 Les trois chinois m’ont posé les questions d’usage, pour ensuite, comme d’habitude, embrayer sur les situations économiques de nos pays respectifs, ce genre de propos qui me barbe, ces gloses de rhéteurs fiers d'eux-mêmes, discours qui me plaît seulement quand il s’arrête, et mieux, quand il ne commence pas. Mais la fille a coupé court à ces fadaises, criant contre les garçons, faisant des signes clairs de la main " Vos gueules, on s’en fout ! On s'en moque de tout ça ! " Elle éructait presque, elle en bégayait, et après avoir envoyé les trois types à leurs conversations d’économistes ratés (existe il un économiste qui ne soit pas raté ?) elle s’est tournée vers moi et me demanda mon nom.

 Le sien, c’est SUN Lijia. Elle a pris un bout de papier qu’elle a posé sur mon genou, écrit les trois caractères comme sur ma peau. Lijia, me dit-elle, " signifie sublimement belle, très très belle, etc…. " Je le savais, mais elle était manifestement heureuse de me le rappeler.

 Elle m’a demandé ce que je faisais là, …voyage ? … Je lui ai parlé des cours à la fac, et de ces quatre jours de liberté avant le retour. Elle me dit " Tu es en groupe ? Tu as des camarades ?"

 " Non ! Je suis seul ! "

 ……….. " Mais.. dis-moi… qu’est-ce que tu….tu….tu.. fous à une heure pareille à te promener dans ces ruelles où il n’y a rien à voir ? "

 Je lui ai dit : " C’est ma dernière nuit à Pékin, demain à cette heure je serai à l’aéroport. J’ai pas envie d’aller me coucher, je veux encore en profiter. J’ai pas envie de partir. Je suis triste…. "

 Elle a fermé les yeux et murmuré : " Triste… triste… " Elle souriait, respirait profondément et sa main avait glissé sur ma cuisse. J’étais bien avec elle. Elle allait dire quelque chose. En secret, ici même et avant peu.

 Les trois chinois m’ont demandé ce que j’avais fait aujourd’hui. Rapport expédié. J’ai parlé de ma visite à l’exposition sur les expéditions maritimes de Zheng He (15° siècle) au palais des musées place Tian an men. Lijia a repris l’avantage : " Tu sais que demain s’y ouvre une exposition sur le " viol de Nankin " ? " Moi aussi j’ai eu la main : " Oui je sais , j’ai vu et lu les grandes affiches ! " " Et tu sais ce que c’est ? " me demanda-t’elle. J’ai ressorti mes connaissances brièvement, contexte, date, contenu et horreur du crime, et absences d’excuses de la part du gouvernement japonais. C’était surtout une façon de dire " J’ai beau être français, nous sommes très proches ! "

 Les trois chinois dirent qu’on pourrait parler d’autre chose ! Lijia les a encore soufflés de sa main, véhément, leur a cloué le bec d’un ton vif !

 Encore une fois, Lijia les avait mouchés et partit sur un long monologue droit dans mes yeux. J’étais sa poupée d’un soir, elle entendait bien que rien ne lui gâche ce plaisir, elle m’arrachait aux griffes de autres, elle me possédait, elle voyait peut-être dans mes cheveux ce qu’une femme de trente ans voit encore dans les cheveux de ses poupées Barbie d’enfance. Elle semblait hallucinée, excessivement vive, fébrile. Elle avait un sérieux coup dans l’aile ! Nous continuions de boire de la bière d’ailleurs, au goulot de sa bouteille, la même bouteille qu’elle passait de sa bouche à la mienne, comme un baiser de verre. Elle n’était pas une Cendrillon du pied, mais une Cendrillon des lèvres… Ce qui est sûr, c’est que " minuit " approchait… c’est peut-être cela qui la rendait si fébrile. Il était tard…

 Le viol de nankin : ce qui est sûr c’est que ce genre de sujet, comme les camps nazis par exemple, ce sont des sujets pour être seuls : ils sont horribles mais surtout, comme ils relèvent du passé et de la douleur, ils écartent tous ces beaux analystes toujours prêts à conjecturer sur le futur, mais incapables de parler d’un sentiment, de la compassion, du sang. Les trois types auraient été très prompts à imposer un sujet sur " l’avenir ", car à cet exercice il est facile de faire briller ses " talents " de brillant intellectuel, de rhéteur invincible. Le passé, c’est pas cool, il est fini, ils n’ont pas d’emprise sur lui. Et Lijia parlait, parlait, parlait, comme une furie en transe. Je ne comprenais pas tout, mais j’en comprenais assez, je comprenais l’essentiel, et notamment le retour cyclique de " mon cœur de femme chinoise qui souffre " Bien crétin aurait été celui qui pensait qu’elle parlait du " viol de Nankin ". La langue chinoise est divinatoire…….

 Elle s’arrêta de parler dans un silence plus beau que celui de Mozart. Elle me regardait. Elle a jeté un coup d’œil furtif sur la tablée, et, voyant que personne ne s’occupait de nous, elle s’est approchée de mon visage, elle a posé sa main comme une conque marine autour de mon oreille et elle murmura :

 " Tu me trouves belle ? ………." 

 Elle s’est redressée, c’est moi qui me suis approché, écarté de mes doigts ses cheveux longs de ses oreilles et susurré :

 " Ton prénom, tu le portes très bien ………. "

 Elle a fermé les yeux et soupiré longuement.….. La brise était douce à jouer dans nos cheveux, à nous embaumer. Elle posa des baisers collants dans notre dos, des coquilles de cacahuète sursautaient ici et là. La pluie que personne n’attendait commença de tomber. L’ambiance devint électrique, tout le monde riait, comme à chaque fois juste avant l’orage. Tous debout, les serveurs affairés et braillards. J’ai sorti mon coolpix, un serveur a fait la photo… Elle est floue.

R001-159

Ci-dessus: SUN Lijia 孙丽佳 , (histoire ci-dessus)

Ci-dessous: près du marché au début de Shajing hutong, en face du petit restaurant où l'on mange des jiaozi, un dîner sur le trottoir, l'été. Aujourd'hui, ce n'est plus possible: le mur austère contre lequel les tables étaient posées est devenu une maison chic, avec porte et fenêtres...

 

resume (74)

 

_1120645

Ci-dessus: Yu'er hutong 雨儿胡同, perpendiculaire à nanluoguxiang, côté ouest, trois rues au sud par rapport à l'auberge BDBA: au numéro 13, la maison de QI Baishi, un des plus grands peintres chinois su XX° siècle.

_1120691

Nanluoguxiang, côté est, en allant vers gulou dong dajie, un hôtel/bar: gu xiang nian hao. Gu xiang comme abréviation de nanluoguxiang et nian hao pour numéro 20, nian c'est deux fois dix (十), soit 廿= deux fois dix. Trace du chinois ancien dans cette rue "moderne". La Chine est inépuisable! Cela dit: en 2014, cet établissement n'existe déjà plus...

_1110581

Nanluoguxiang: une queue devant une boutique. Ce genre de scène que les services secrets soviétiques adoraient photographier sur les Champs-Elysées pendant la guerre froide pour faire croire aux pénuries de denrées en occident... Ci-dessous: annonce pour une officine de divination, astrologie, "cartes bouddhiques", boule de cristal, sur la rue Nanluoguxiang.

_1120937

_1120938

DSCN5485

A l'angle de Nanluoguxiang et de Shajing hutong 沙井胡同 (là où nous quittons la rue pour aller au restaurant ou vers Shishahai): des enfants posent pour la photo après leur session de formation au code de la route. La pancarte aujourd'hui détruite -cet emplacement est devenu une boutique- mentionne bien le nom de la ruelle qui glisse vers le fond à gauche, shajing hutong. Cette pancarte affiche 沙井副食店, "Boutique annexe à Shajing (hutong)". Fermée depuis longtemps. A gauche, en dehors de la photo: l'auberge BDBA.

Ci-dessous: manifestation populaire, sans aucun rapport avec les déambulations nocturnes de mangeurs de brochettes. 

DSCN6137

DSCN6139

Ci-dessus et ci-dessous: idem. Ci-dessus: cette chinoise est si belle...

DSCN6141

Ci-dessous, deux photos: la gargotte du xinjiang, vues depuis l'intérieur, à travers les bandes de plastique anti-mouches.

DSCN5566

DSCN5568

Ci-dessous: dans une siheyuan, maison à cour carrée, invités un soir à prendre le thé (été 2009).

Raw00316

Raw00322

Raw00320

Raw00324

Ci-dessous, tout au bout de Shajing hutong. Un slogan : "C'est avec la plus grande sévérité qu'il faut punir les criminels." Ce type de slogan disparaît au profit des injonctions écologiques ou sécuritaires face à la montée des cambriolages. Aujourd'hui, à la place de ce mur de briques: une auberge de jeunesse.

DSCN0939

Ci-dessous: un marchand de thé dans une boutique sise juste à côté de BDPA, aujourd'hui disparue.

DSCN1113

Shajing Hutong: travaux sur les collecteurs d'eaux usées.

resume (62)

Ci-dessous: Nanluoguxiang, un jour de pluie. La peinture représente Nanluoguxiang, vers le sud. L'auberge est vers le fond, non visible.

resume (65)

Ci-dessous, nanluoguxiang. "Stationnement interdit". Notez "che" écrit en caractère traditionnel. Sur la photo: Aloïs P.

DSCN5565

Ci-dessous, sur Shajing hutong, vers Shishahai, au printemps 2009. Les sophoras, l'arbre typique des hutongs, lâchent leur pollen sous forme d'une neige douce et tiède.

la schroedinger 26

Ci-dessous: là où pendent les trois lampions rouges, il y a aujourd'hui le restaurant du soir du voyage 2013.

la schroedinger 27

la schroedinger 28

Ci-dessus: sur les lampions rouges, le caractère chuan 'brochettes"

la schroedinger 29

Ci-dessous: même lieu, un été. Les voitures bloquent le passage: bouchon de vélos et de piétons.

SDC17107

Ci-dessous: même lieu -les trois lampions rouges- mais photographié dans l'autre sens, lundi 21 octobre 2013: le groupe "Chopin" arrive dans notre restaurant préféré pour la première fois.

 

_1110453

 

 

 

 

 

 

 

Publicité
27 août 2013

Le cimetière chinois de Nolette

_1100428

Texte, commentaires et photographies: FPauchot, août 2013

Le cimetière chinois de Nolette se trouve à proximité de Noyelles-sur-Mer, à l'entrée de la baie de Somme, dans le département éponyme (80), France. C'est le plus important cimetière chinois d'Europe. Y reposent 849 ouvriers chinois qui furent employés par l'armée britannique lors de la première guerre mondiale. Du fait du très grand nombre d'hommes envoyés sur le front durant ce conflit, l'industrie se retrouva rapidement à court de main d'oeuvre. On employa alors les femmes (ce qui est à l'origine du mouvement féministe: les femmes, jusqu'alors maintenues dans un état de dépendance maximale au mari, ont découvert alors leur potentiel professionnel!). Mais cette main d'oeuvre se révéla également insuffisante quantitativement. On fit alors appel aux chinois, et suite à un accord passé avec les autorités de l'empire du milieu, plusieurs dizaines de milliers de chinois furent "loués" à l'Europe. Ils ne participaient pas aux combats, mais leurs conditions d'existence étaient très difficiles, notamment au niveau de l'hygiène: beaucoup périrent de maladies contagieuses dans les camps où ils étaient parqués.

Sur la photographie ci-dessus, la stèle la plus à droite, celle du matricule n°8486, est celle de ZHU Daode, 朱道德. ZHU est un patronyme fréquent et très apprecié en Chine: c'était celui des souverains de la dynastie MING! (fondée en 1368 par ZHU Yuanzhang) Quant au prénom, Daode 道德... c'est le titre de l'ouvrage attribué à Laozi: "La Voie 道et la Vertu 德", mauvaise traduction mais acceptée non pas tant comme un pis-aller que par habitude. Bref, il s'agit là d'un prénom exceptionnel, très chargé de sens et d'histoire!

Ci-dessous: la stèle de LI Zhongfei. 李中飛(飞 en caractère simplifié)

Le nom de famille LI 李est un des plus répandus en Chine. Rappel: 95% des 1 milliard 400 millions de chinois portent à peine plus d'une centaine de noms de famille!!!  Zhongfei 中飞, le prénom, "celui qui vole au centre". Le centre en Chine n'est pas le centre géométrique, non plus le "juste milieu" tiède et fade auquel nous sommes habitués, mais le lieu, le moment, opportun, juste.

_1100432

Stèle de GAO Yunlou, 高雲樓 (云 et 楼 en caractères simplifiés). Yunlou : Le pavillon des nuages. Un si beau prénom...

_1100434

Ici WANG Shixiu. WANG 王: le nom de famille le plus porté en Chine: on recense aujourd'hui... 93 millions de Wang en Chine!!!

_1100444

Ci-dessous, LI Guifang. Encore un Monsieur LI. Son prénom : Guifang 桂芳 : Parfum d'osmanthus ou Effluves d'osmanthus...

_1100446

Ci-dessous : TIAN Guilin. 田桂林. Le prénom Guilin 桂林, "la forêt d'osmanthus"... est aussi le nom de la ville du Guangxi, au sud de la Chine, célèbre dans le monde entier pour ses pics karstiques.

_1100447

Ici : ZHANG Haipeng. Le patronyme ZHANG 張 (en caractère suimplifié:张) est un des plus porté en Chine. C'est aussi celui -prononcé "Tchang"- de l'ami chinois de Tintin! (...et c'est aussi le spéficicatif des objets plats!) Quant au prénom de ce monsieur Zhang, Haipeng 海鹏 "le Rock marin", il fait référence au Rock, un oiseau fabuleux des légendes chinoises. Zhuangzi en parle dans le premier chapitre de son ouvrage.

Notez également le texte à droite : 山东滕县人( 山東滕縣人 caractères traditionnels), shandong teng xian ren, soit: "Ressortissant du district de Teng, Shandong"

_1100448

La stèle la plus à gauche : celle de mr REN Zhanghe (任长和). Zhanghe 长和: longue harmonie.

_1100450

L'entrée du cimetière, vue de l'intérieur de celui-ci. Vendredi 23 août 2013, matinée.

_1100451

31 mars 2013

CUANDIXIA, le voyage en écriture chinoise.

CUANDIXIA ou le voyage en écriture chinoise (1)

Texte et photos : F.Pauchot

 

 

Selon la légende, c'est le ministre CANG Jie qui inventa l'écriture chinoise. Mieux, il la perçut dans les traces que laissent les oiseaux dans la douce terre meuble du lœss au bord du fleuve jaune. Les chinois n'inventent pas comme nous, ils perçoivent et recopient.

Cang Jie avaient deux paires d'yeux. Sur le plan iconographique, ça n'est guère élégant, mais cela a surtout du sens. Deux yeux pour voir le visible commun, comme tout un chacun, mais aussi deux yeux pour percevoir l'invisible. Le chinois est fondé sur la sensibilité extrême du lecteur, cette capacité de percevoir ce qui n'est pas lié par des liens visibles et logiques, mais ce qui est souterrain, ce qui s'écoule sous la surface apparente des choses.

La légende n'est jamais distincte du réel en Chine. Ce sont bien les devins qui, dans l'Histoire, ont inventé l'écriture chinoise. La divination : percevoir des liens invisibles.

aaa (1)

Sur la photo des deux garçonnets qui jouent dans la rivière Yulong près de Yangshuo, il y a l'illustration de ceci. Les embarcations faites de bambous assemblés, image des tiges d'achillée de la divination chinoise, des fils de ce qui est tissé, le fil apparent : les bambous, et le fil invisible qui structure ceci : les cordelettes qui attachent les bambous entre eux. Un garçon qui sort de l'eau, monte (yang) dans le monde phénoménal et commun, les yeux ouverts, et celui qui plonge les yeux fermés, Yin, dans la profondeur noire de la rivière, qui s'immerge dans le réseau souterrain des forces en jeu. Il y a ici les deux paires d'yeux de Cang Jie et l'outil des devins. Cela se passe au bord de l'eau, comme beaucoup de mythes chinois. Il y a en jeu l'avantageuse « traversée de la rivière » 利涉大川, li she da chuan, formule mantique du Livre des Mutations.

 

Le fleuve jaune, au bord duquel l'Empereur Jaune vit sortir de l'eau une tortue portant sur la carapace le signe de l'ordre de l'univers.

aaa (2)

 

 

Et Cang Jie lit les traces des animaux dans lesquelles il reconnut l'écriture.

aaa (3)

aaa (4)

aaa (6)

 

La carapace de tortue, son plastron, plus exactement. La carapace elle-même répond au ciel, et le plastron (l'os sous le ventre de l'animal) répond à la terre. L'humain étant sur terre, il perçoit et ordonne ce qui se trouve sur celle-ci et pratique donc la divination sur le plastron de la tortue, qui semble posé ici, au bord du fleuve jaune.

 

Sur cet os, les devins apposaient un tison brûlant et il se formait alors une craquelure qui ressemble à celle que l'on voit ici. Cette trace dans la terre est peut-être, comme dit Cyrille Javary, « La mère de tous les caractères » : bu, pratiquer la divination. On retrouve cette forme dans l'infime végétal vert pâle qui se trouve à droite de la craquelure dans la terre. Infime, l'infime amorce, le ténu, que l'âme sensible sait distinguer. L'âme qui lit ou apprend à lire le chinois.

 

aaa (5)

aaa (7)

_1010106

 

 

Cuandixia est un village blotti au fond d'une vallée, à environ 90 kilomètres à l'ouest de Pékin. Les guides de voyage s'empressent de préciser qu'il ne s'appelle plus Cuandixia mais Chuandixia car le caractère cuan « bien trop compliqué et tombé en désuétude », est maintenant remplacé par chuan évidemment bien plus simple. Discours étonnant, même s'il est « officiel », car la tendance actuelle n'est certainement pas vers la simplification. D'ailleurs, ce jour unique où je me suis rendu là-bas, les signes étaient évidents.

Tout d'abord, en sortant du métro, tout au bout de la ligne 1, à l'ouest, nous avons traversé un parking pour rejoindre l'arrêt du bus qui allait nous conduire au village et c'est là que je vis cette inscription où figure un caractère chargé d'histoire, et ce pour la seule et unique fois. Il est question d'une interdiction de sens sur un passage, tongdao通道. Or, le caractère dao qui s'écrit normalement est écrit ici sous sa forme simplifiée qui pourtant n'a jamais eu cours officiel, ce qui explique la rareté de celui-ci. Après la première réforme de simplification des années cinquante, une deuxième série de caractères devaient également être simplifiés selon un projet établi en 1977. Mais là, miracle, le peuple chinois rejeta cette réforme car selon eux, on commençait de toucher à la prunelle de leurs yeux : leur écriture! Ils n'avaient pas oublié cette menace maoïste de romanisation du chinois. Nous entrons là dans une dimension majeure de cette écriture millénaire : sa valeur de patrimoine! Un patrimoine bien plus important que les témoins architecturaux du passé.

 

SDC10130

 

Or la réaction chinoise fut d'autant plus vive que cette nouvelle réforme avait commis l'impensable : simplifier le caractère cité plus haut... le DAO, le « Tao » des taoïstes, une base essentielle de l'âme chinoise. Imaginons qu'en France, on décide soudain d'écrire le nom de notre prophète « Xrist », il est certain que cela ferait beaucoup de vagues. Et encore, se serait bien moins grave qu'avec Dao, car le caractère chinois est signifiant, à la différence de la graphie des langues alphabétiques. Quand on touche à la graphie, en chinois, on touche au sens!!! Avec « Xrist », nous ne toucherions qu'au traitement du son, ce qu'on appelle l'orthographe.

La graphie « honteuse » de dao fait passer le caractère originel du statut d'idéogramme à celui d'idéophonogramme (la graphie nouvelle taguée sur le mur fait apparaître le caractère qui se prononce aussi dao et donne ainsi le son du caractère). Faute de goût immense mais bien chinoise car signifiante: en faisant apparaître « couteau », donc trancher, amputer, on figure bien là l'idée de tailler dans la chair, amputer le sens du vrai caractère. C'est synchrone également avec l'idée de « sens interdit » : là où le choix était autrefois possible, il ne reste maintenant qu'une seule direction possible. Il ne reste ici que le sens « chemin, voie », mais on a lobotomisé le caractère de manière à le priver de son sens philosophique.

Et ici, au fond d'un parking sordide d'un faubourg éloigné de Pékin, un calligraphe médiocre mais surtout paresseux (ou nostalgique des réformes anciennes) utilise ce caractère désolant. Il n'y a guère que dans un tel contexte, sur un mur à la conception brouillonne, qu'une telle faute de goût peut être commise. Et au fond, il apparaît que ceci est conforme à l'esprit de l'ordre inscrit : « sens interdit », sens comme direction des automobiles (c'est le visible) et sens comme signification, c'est l'invisible. En 2012, c'est toujours Cang Jie qui perçoit les choses.

Demander aux chinois d'oublier ce que signifie Dao, rappelle trop de mauvais souvenirs, la révolution culturelle! Le « sens interdit » des années noires, poussé à son excès, a basculé dans l'autre sens, retour de balancier, en quelques deux heures de route, entre un parking crasseux et Cuandixia: le deuxième signe et de ce voyage en écriture chinoise.

Deuxième signe. En arrivant à « Chuan »dixia, nous nous trouvons d'abord face à ce rocher barrant l'entrée du village, qui affiche fièrement le fameux caractère cuan tenu pour si « compliqué » et apparemment bien peu tombé en désuétude! Ici, loin des villes, on est si fier de ce caractère générique du nom du village, on l'affiche tel un totem (invention chinoise!) : c'est bien l'esprit du lieu qui est annoncé ici, un caractère qui n'a rien de « compliqué », qui est simplement porteur de sens. Et de fierté. L'écrivain MA Yuan annonce au début d'une de ses nouvelles qu'il existe deux sortes d'écrivains : ceux qui savent utiliser les caractères et...les autres. Sur ce rocher-totem, on annonce la teneur du lieu. Derrière le rocher, il y a l'invisible. Pas de voitures, donc pas de « sens interdit ». Rien que la déambulation dans les ruelles villageoises qui grimpent au flanc de la montagne, annonçant la randonnée spirituelle (you) des ...taoïstes, dao.

 

_1000865

_1000905

A Cuandixia, on est fier de ce caractère. C'est un signe de reconnaissance, d'identité. Un talisman.

_1000930

 

Partout dans Cuandixia, des inscriptions sur les murs. La poésie et le politique, le rituel et les vœux. A l'inverse de notre civilisation occidentale où l'écrit est enfermé dans les livres et ceux-ci rangés dans les bibliothèques, où le Coran doit toujours être refermé après lecture car sinon « le diable crache dessus », l'écriture en Chine n'est pas une annonce ou une théorie, le trésor jalousement gardé à l'abri de ce qui est différent, elle est au contraire naturelle, Nature, en résonance avec elle. Elle n'est pas « intégrée » par les chinois au paysage, elle fait partie intégrante de celui-ci. Même si le calligraphe écrit cela sur un mur ou du papier, il a la certitude d'être accroché aux forces du ciel qui passent par son pinceau et sa main, fusionnels.

Le chinois n'est pas celui qui invente un code, il est celui qui sait lire avant le livre. Si en occident l'écriture est la marque de la spécificité humaine et partant de cela, de la rupture de l'humain avec la nature, elle obtient en Chine sa valeur patrimoniale du simple fait d'avoir été non pas inventée mais « découverte », démêlée de l'écheveau des signes naturels, mise en ordre apparent et rationnel. Pour les chinois, la seule rationalité viable est celle qui permet la mise en ordre des signes. L'écriture chinoise, c'est faire apparaître ce qui est enfoui dans l'eau, la terre, la brume ou l'entropie. Tout comme yin-yang qui n'est pas une théorie cosmogonique, un « big-bang » chinois, mais une observation chinoise sur le cours des choses. Tout comme le poisson rouge (cyprin) se nomme en chinois jinyu (le poisson doré 金鱼) car les fugaces et subtils reflets de poudre d'or sur les écailles de celui-ci apparaissent à l'œil exercé, comme un signe venu des profondeurs invisibles.

 

_1000901

 

_1000886

Ci-dessus : fu 福 le bonheur.

_1000899

"Que vous veniez de l'est, de l'ouest, du nord ou du sud, vous êtes le bienvenu" Sur cette photo on ne voit que "Est"

_1000883

Cuandixia, un discret "village-musée"!

_1000913

_1000934

丁亥仲夏 dinghai zhongxia : 2007, 2° mois de l'été.

_1000921

"Armons nos cerveaux de la pensée de Mao Zedong". Relief de la révolution culturelle sur un mur de Cuandixia. En dessous, un texte en filigrane, quasiment disparu. Et sur celui-ci, en traits fins et blancs: "Vive le président Jiang (Zemin)" Cette inscription se situe en dessous de celle concernant Mao, et écrite en petit. L'écrire en grand consisterait à considérer que la pensée de Mao a perdu le mandat, signifierait que l'on change d'ère (de dynastie) et constituerait donc une faute grave dans la vision de l'Histoire en chine.

_1000963

Sur le rectangle blanc, l'extrait d'un discours de Mao prononcé en 1962 contre Xi Zhongxun 习仲勋 (le père de l'actuel président de la RPC):" Les ennemis ne risquent pas de disparaître d'eux mêmes. Qu'il s'agisse des cliques réactionnaires à l'intérieur même de la Chine ou des forces impérialistes américaines, aucune de ces forces ne se retirera de la scène..." (trad. FP)

Et, en vert presque transparent, le début d'une célèbre chanson : "大海航行靠舵手..." (da hai hangxing kao duoshou) "Naviguer sur l'océan repose sur le talent du timonier".

_1000969

Intérieur d'une pension à Cuandixia. "Papier-peint" idéologique constitué de pages de journaux. Pendant la longue marche, on accrochait un texte de Mao sur le dos de chaque soldat. Ainsi, en marchant en ligne, chacun pouvait "s'instruire" en lisant le texte sur le soldat devant soi.

_1000991

_1000956

Les inscriptions s'effacent lentement. Disparaissent au fil des années.

_1000950

Les murs ressemblent à une joue qui rougit, témoignage d'une vie intérieure, des réseaux invisibles que sait lire le devin. Rouge, couleur de joie ou d'émotion, de la chaleur du sud, de l'action yang qui disparait avalée par le gris/noir. Il y a un balancement apparaître/disparaître. C'est le you 有(avoir, il-y-a soit : cela apparaît et le wu 无 (無) "il n'y a pas : cela disparaît, équivalent de meiyou 没有. Dans le caractère wu 無 on reconnait en dessous la clé du feu. Au-dessus, quelque chose qui figure des tiges de céréales: on va mettre le feu aux champs après la moisson, ainsi "cela va disparaître". Mais il ne s'agit pas du "néant", cela n'est simplement plus visible, c'est dans la terre sous forme de nutriments et de graines. De même que le mei de meiyou 没 contient la clé de l'eau: ce caractère, négation du verbe avoir, a la même forme que 没 mo, au quatrième ton, qui signifie "sombrer, couler" soit disparaître sous l'eau et non être anihilé. Quant il y aura décrue, la chose apparaîtra de nouveau.

Ces murs chinois chatoient de ce balancement entre apparaître et disparaître.

Ci-dessous, le caractère wu 無 sur un vase en bronze (musée de la cloche, Pékin) Sur le feu (les quatre points en bas), le rouge, yang, qui lui correspond dans la théorie des 5 Phses (5 Eléments), contenu dans le métal yin qui laisse le yang apparaître et le fait disparaître ensuite. Balancement, cycle, toujours. Dans ce vase, le rouge, le noir, le bleu-vert, le blanc et le jaune, les 5 Phases, 无行 Et l'opposition "feu (le rouge)-métal le vase" : le feu domine le métal

 

DSCN1067 

_1000975

Ce toit à Cuandixia, vers le haut du village, c'est le Taiji, le faîte suprème. Tout grimpe depuis la gauche, en montant, yang, mais parvenu au sommet, cela redescend: yin. C'est la poutre faîtière qui permet ceci. Celle-ci est marquée sur le mur d'un rond, forme du ciel, le cercle du Taijitu qui permet l'alternance yin-yang.

Après Mao dont l'encre rouge disparaît lentement des murs, la poésie Tang: ci-dessous.

_1000953

春夜喜雨 chun ye xi yu " Bonne pluie, une nuit de printemps." Poème de DU Fu (712-770, dynastie Tang) Le premier vers : "La bonne pluie tombe à la bonne saison" (trad. François Cheng) ou "La bonne et douce pluie a le secret de l'heure" (Trad. HE Ru) (好雨知时节 hao yu zhi shijie)

On trouve ici la juste et fondamentale obsession chinoise du moment propice. On peut considérer également qu'il y a un "jeu de mots", -mieux, un secret, un sens caché-, dans le titre du poème : xi yu est homphone avec xiyu 细雨 une pluie fine, le crachin. Or "pluie fine" peut s'écrire ling 零 c'est à dire.... ZERO! On voit encore une fois que "vide", "il n'y a pas", ce n'est pas le néant pour un chinois, mais simplement quelque chose d'infiniment ténu, mais bien réel. "Zéro" n'est pas vide en Chine, il contient quelque chose comme du crachin, de l'humidité. Celle-là même qui, dans le mur, va faire disparaître ce texte au fil des jours, qui sera remplacé par d'autres. L'humidité qui permet à l'encre de couler, à la rivière de parvenir à la mer.

_1000912

Ci-dessus : ne cherchez pas ce caractère dans le dictionnaire: il n'existe pas! C'est comme une danse, une discussion, un chant choral. Il n'existe pas dans le lexique, mais il est bien visible sur ce mur. Il s'agit d'un "compactage": la réunion d'éléments appartenant à plusieurs caractères, en l'occurence ici: 招财进宝 (招財進寳 en caractères originaux, dont vous retrouvez les composants dans le caractère photographié) zhao cai jin bao : "Attirez les richesses, faites entrer les trésors!" Cette structure emboitée se lit de droite à gauche à partir du bas et, parvenu à gauche on coiffe "le reste" de l'élément supérieur.

_1060578

Ce même caractère sur un médaillon que j'ai acheté à Shijiazhuang et son estampage par moi-même.

Entrée de maison à cour carrée à Cuandixia. L'entrée se trouve sur la gauche. Sur le mur au fond, le rond, yang, signe de fusion, d'union (entre les familles, entre l'extérieur et l'intérieur). A droite, un carré, la capacité du yin à séparer, à stopper.

_1010054

Cuan, à gauche, encore une fois. "Musiques en chants étranges et mystérieux en provenance de Cuandixia. Marchez vers le nord sur 15 mètres, première maison"

Sur le mur, des craquelures. Un crépi subtil comme un plastron de tortue. Les craquelures divinatoires des Shang, l'origine de l'écriture chinoise. Ces quatre caractères "brouillons", sont la mise en forme de ces signes apparus sous l'action du feu.

Les craquelures, c'est la vie, les veines du bois, les rides de la peau, elles sont la marque du temps et contiennent le devenir, elles écrivent le présent qui apparaît sous sa forme subtile.

_1010021

 zjhgf

Ci-dessus, des fourneaux dans une cour à Cuandixia. Derrière les conduits de cheminées, le caractère fu 福 le bonheur. L'écriture chinoise qui prend ici toute sa valeur.

cuan=(de bas en haut) 火+大+林+興

En effet, que signifie le caractère cuan 爨 de Cuandixia, inscrit sur la deuxième photo via "paint"? "Allumer le feu pour le repas" On trouve en haut un élément qui désigne l'enthousiasme, l'entrain (caractère xing, le xing de gaoxing 高兴 qui s'écrivait, avant la réforme: 興). En dessous la forêt 林 qui désigne ici un tas de bois, un boisseau. Encore en dessous grand, être grand, grandir 大, et enfin, tout en-dessous le feu 火. En réalité, ce caractère est une séquence et se lit à la manière d'un hexagramme, de bas en haut. Le feu : on craque une allumette 火 (le ténu qui annonce le grand). Parce qu'il y a un tas de bois 林 au dessus, le feu grandit 大 et ainsi permet la cuisson des aliments que l'on va déguster avec entrain, enthousiasme, bonheur!

On a donc sur cette photo la matérialisation d'un caractère chinois; mieux, la preuve qu'un caractère est vivant! Non seulement parce qu'il contient une horloge, un rythme, un mouvement, mais aussi parce qu'il constitue l'image de ce qu'il dit! On a bien sur cette scène un fourneau tout en bas où l'on craque l'allumette en dessous du bois, le feu se développe, les aliments cuisent avec la promesse ultérieure du bonheur de la dégustation, inscrite ici comme le signe de l'évidence de ce qui sera bientôt: le bonheur.


 

 

 

 

30 janvier 2013

Ying zuo/wo Boogie

Paysages depuis la fenêtre du train, Chine, 2007 et 2012. Provinces de Neimenggu (Mongolie Intérieure), Shanxi, Ningxia et Gansu.

Photographies F.Pauchot

J'ai toujours aimé les transports passifs (train et avion surtout, mais aussi bateau, autocar, ou la voiture conduite par d'autres), ces transports où l'on peut rêver à la fenêtre, où les visions sont éphémères, et longue la mélancolie et la paix comme une marée haute.

Ces transports où l'on est protégé du monde par une main inconnue et une peau de métal qui n'est pas la nôtre. Où l'on devient l'anguille idéale, où le monde devient un paradis car inatteignable. Où les collines n'ont qu'un côté mais nous deux paires d'yeux.

Où la pensée fusionne avec la sensibilité...

DSCN6826

DSCN6827

DSCN6828

DSCN6829

DSCN6839

DSCN6842

DSCN6848

SDC16589

DSCN6854

DSCN6856

DSCN6869

DSCN6879

DSCN6880

DSCN6920

DSCN6921

DSCN6924

DSCN6906

DSCN6914

SDC16488

SDC16514

SDC16515

vr 690

SDC16542

SDC16546

SDC16548

SDC16550

SDC16553

SDC16554

SDC16561

SDC16563

SDC16566

SDC16570

SDC16584

SDC16589

 

SDC16716

SDC16718

SDC16725

SDC16726

SDC16728

SDC16729

SDC16730

SDC16743

SDC16752

SDC12448

SDC16626

 

24 janvier 2013

TIBETAN TWILIGHT

_1010799

Xiahe, Gansu, été 2012, le soir ou tôt le matin.

En hommage au moine suicidé récemment (janvier 2013) en ces lieux...

Photos FPauchot

_1010788

_1010757

_1020067

_1020343

_1020351

_1020365

_1020388

_1020400

_1020403

_1020406

_1020661

SDC16026

SDC16459

ttw (1)

ttw (4)

ttw (7)

ttw (9)

ttw (11)

ttw (12)

ttw (14)

ttw (15)

ttw (16)

ttw (17)

ttw (19)

ttw (20)

ttw (21)

ttw (24)

ttw (25)

ttw (26)

ttw (28)

ttw (29)

ttw (30)

ttw (33)

ttw (34)

ttw (35)

ttw (36)

ttw (37)

ttw (38)

ttw (39)

Publicité
24 septembre 2012

Ecrire 2

Rêvez-vous d'entrer dans le vrai, le réel, et non plus seulement dans le virtuel? Comme apprendre la musique par exemple ? Apprendre le chinois contribue à ce désir.

Les explications que l'on peut donner, comme dans l'article précédent, sur l'écriture chinoise ne sont rien par rapport à la pratique. A moins du génie de personnes telles que François Cheng (Son livre "Et le souffle devient signe. Portrait d'une âme à l'encre de Chine", éditions L'iconoclaste) ou Jean-François Billeter (son livre "Essai sur l'art chinois de l'écriture et ses fondements" Editions Allia), de telles explications ne sont que théorie et ne représentent pas grand chose en vérité. C'est l'histoire célèbre du charron Pian, présentée par Zhuangzi, éminent penseur chinois de l'antiquité. Ce charron, excellent dans l'art de fabriquer des roues de char, qui ne savait ni lire ni écrire, rétorqua un jour au prince que les livres que ce dernier lisait "ne sont que la lie des anciens sages", c'est à dire ne représentent pas grand chose d'intéressant. Sommé de se justifier face à ce que le prince considérait comme un outrage, Pian répondit que sa fantastique maîtrise dans l'art de fabriquer des roues venait de son expérience accumulée, de son intuition dans le geste, sa sensibilité, et cette manière d'être dans "le dao" de cet art. Et il ajouta que malgré cela, il ne peut guère transmettre à son fils ce talent dont la maîtrise ne s'explique pas : la virtuosité qui naît d'une pratique intense ne s'explique pas par des mots. Ainsi, ce que les anciens sages ont écrit ne représentent qu'une infime partie de leur expérience. Le prince fut refait par la sagesse de Pian.

Encore une fois, la pratique est la seule manière de devenir un maître.

Nos langues occidentales permettent de seulement affirmer les choses. "Oui" est un mot trop souvent totalement disjoint du réel. La phrase "je suis un génie" que certains artistes prononcent sans état d'âme a généralement peu de chances d'être vérifiée dans les faits. La langue permet de nous séparer complètement du monde. C'est parfois très beau, parfois ridicule, absurde et même dangereux. L'écriture chinoise ne peut se séparer de ce qu'elle annonce, elle a été conçue pour cela, elle ne se sépare pas de la nature, ni de l'âme des choses qu'elle contient, un mot alphabétique se limitant souvent à seulement nommer les choses, limitant son contenu à la seule étymologie.

Le caractère san1 (trois) 三 : nous avons vu en classe que si le trait supérieur désigne le ciel et le trait inférieur la terre, que désigne alors le trait central ? Les réponses sont spontanément les suivantes : l'air, les nuages, les arbres, les montagnes, la vie, l'horizon. Il s'agit de très bonnes idées, mais ces réponses montrent que nous avons du mal, en occident, à nous intégrer nous-mêmes dans la nature . Ce trait intermédiaire qui fait le lien entre le ciel et la terre, c'est l'humain, tout simplement. Nous sommes nature et non l'être "supérieur" qui prétend tout dominer.

Dans cet exercice d'apprendre une autre écriture, et par cela, devenir soi-même quelqu'un d'autre ("Je veux être comme toi"), il existe un témoignage très riche, celui de Fabienne Verdier, dans son livre "Passagère du silence". Elle y raconte comment, jeune française, elle est partie seule en Chine s'immerger totalement dans l'apprentissage de la calligraphie chinoise, pendant 10 ans, avant de devenir une calligraphe renommée. Ce livre est disponible au CDI du lycée, dans le fonds "Chine".

23 septembre 2012

Ecrire le chinois

POUR BIEN ECRIRE UN CARACTERE

 

_1040230

 

Ecrire un sinogramme, c'est s'intégrer dans un monde fantastique, un monde autre, avec une formidable tradition et une histoire millénaire. C'est devenir autre, c'est dire : "Je peux devenir comme toi !"
Savoir écrire un caractère chinois c'est connaître par coeur la séquence de traits qui le composent, dans le bon ordre et dans le bon sens.

La langue chinoise, qui ménage tant d'intervalles de silence, de mystère et de rêverie entre ses caractères ou ses mots, qui laisse une place immense à l'intuition, voire à la divagation (taoïste...), impose par contre une extrème rigueur dans la composition des ses caractères.

Les calligraphes chinois commencent toujours par copier, copier, copier les maîtres. Il existe des livres d'estampages de calligraphies célèbres, en vente dans les librairies et qui proposent les fameux modèles. C'est la situation de la graine en hiver : le yang créatif est sous la terre (yin) et ne se manifeste pas. Ainsi, on copie des sinogrammes, soumis par cette rigeur du modèle. Après des heures, des mois de pratique, sa propre personne finit par éclore et sa propre écriture apparait : c'est le printemps, le yang se manifeste au regard des autres et on est parvenu à infléchir le modèle pour en faire son écriture personnelle.

Ce travail de répétition doit aboutir assez vite à acquérir une "mémoire motrice", c'est à dire que bientôt, la main coulera seule sur la feuille de papier, sans réfléchir. La mémoire motrice c'est ce qui nous fait... danser ! La maîtrise des pas du rock ou du tango, que l'on a d'abord répété péniblement, est venue par la pratique, on danse et se laisse aller à ce frisson. Ecrire le chinois, c'est pareil, c'est une danse de la main.

Deux traits fondamentaux : "heng", le trait horizontal et "shu", le trait vertical. Vous voyez, même les traits ont des noms !

Heng, trait horizontal : c'est la marque de l'infini, l'horizon, ce qui unit le ciel et la terre. Il passe comme le train de l'avenir : de gauche à droite. Si vous êtes gaucher, le trait part de la main qui agit vers celle qui rêve, au repos. Si vous êtes droitier, le trait passe de la main qui imagine, silencieuse, vers celle qui agit.

Shu, le trait vertical : c'est le trait de l'encre qui coule, à l'image de la pluie : du haut vers le bas. Le pinceau, -imaginez que vous tenez un pinceau à la place du stylo-, c'est le lien entre le ciel et la terre. Le ciel est shang4 , au-dessus, mais shang4 désigne aussi en chinois ce qui est avant, antérieur. Le ciel est bien prééxistant à la terre (L'univers a 15 milliards d'années d'âge, la terre 4,6 seulement) La terre est en-dessous, xia4 , et ce caractère signifie également après, postérieur, comme l'est la terre par rapport au ciel. Le trait vertical vient donc du ciel pour descendre vers la terre.

shi2, le caractère 10 (dix) , soit l'intersection entre deux traits perpendiculaires / C'est le trait horizontal d'abord, le vertical ensuite. Horizontal, c'est la position couchée, le trait vertical est un mouvement. Dans la vie, on commence par être couché pendant de longs mois avant de se mettre en mouvement, debout.

Ci-dessous, calligraphies de WANG Xizhi (3° siècle), reproduites par estampages dans un de ces livres dont il est question plus haut. Vous y reconnaissez certains caractères !

 

_1040231

 

 

8 septembre 2012

Hutong 3

Juillet/août 2012, Pékin. Hutongs dans le quartier des tours de la cloche et du tambour.

Photos F.Pauchot

_1000772

_1000774

_1000779

Ci-dessus : la déesse automobile qui est en train de détruire Pékin, la civilité chinoise  ainsi que le monde entier, bien protégée sous une bâche. On peut le comprendre avec la photographie ci-dessous : le sable du désert retombe sur Pékin !

_1030786

Le linge qui sèche, pratique banale dans les hutongs. Les Siheyuan sont occupés en général par plusieurs générations, et offrent finalement une surface habitale très réduite : vers 2 mètres carrés par habitant. Il est donc plus pratique de faire sécher son linge dehors. Ceci est bien sûr impensable dans une rue comme Nanluoguxiang sur laquelle même le petit banc devant l'auberge de jeunesse est désormais interdit et a du être remisé au placard ! Rue Nanluogu : "Garde à vous !"... Tout le monde debout, en passant, sans s'arrêter, comme devant la dépouille de Mao dans son mausolée place Tian'an men.

_1000780

_1000782

_1000788

Deux photos ci-dessous : arrêt chez un "Xiuche" (réparateur de vélo) pour changer un câble sectionné et un patin hors d'usage (c'est dans cet état que se trouvent les vélos que l'on loue ou qu'on achète d'occasion). Autour de sa boutique déployée sur la rue, un vieux fauteuil qui attend d'être emporté par un passant intéressé. Sur la cheminée au dessus de la boutique, les reflets projetés par les vitres d'un immeuble rénové qui arbore fièrement ses larges baies vitrées...

_1000793

_1000794

_1000796

_1000815

_1000856

Ce goudron ci-dessous, est typique d'un vrai hutong : populaire et peu passant. Losque le sol est fait de pavés, c'est le signe de la mutation en ruelle commerciale "branchée"...

SDC16791

SDC16800

SDC16810

7 septembre 2012

GAO miao

Au centre de Zhongwei, province du Ningxia, petite ville aux portes du désert de Tengri, trône le temple Gao miao.

Les toits courbes. Lors de son premier voyage en Chine, ceux-ci exercent sur le voyageur une fascination qui relève de l'exotique. Puis, au fil des voyages, on se lasse de cette architecture répétitive. Elle devient transparente par sa banalité.

Puis vient le temple Gao. Pour la première fois depuis longtemps, un tel édifice devient magique. Allez savoir pourquoi... Un lieu enchanteur, onirique. Calme, un trésor de silence et de lignes gracieuses au coeur de la ville.

(texte et photos F.Pauchot)

_1020874

_1020864

_1020865

_1020879

_1020881

_1020883

_1020886

_1020890

_1020894

_1020895

_1020896

_1020900

_1020902

_1020910

_1020920

_1020857

A Zhongwei, à la sortie du temple Gao, un devin.

_1020935

Et à Tianshui (Gansu), dans la rue, à l'entrée d'un pont : les lignes de la main.

SDC10525

5 septembre 2012

Color Xiahe

_1010757

Texte et photos F.Pauchot

Ci-dessus et ci-dessous, des moulins à prières. Comme la circumambulation autour du monastère, les moulins doivent être animé de la main dans un mouvement dextrogyre.

_1010783

Tôt le matin au monastère Labrang.

_1020454

Les bâtiments peints en rouge (ou ocre) sont ceux qui hébergent les religieux. Les bâtiments blancs hébergent les laïcs.

_1020446

Loin de là, mais dans le même monastère, le soir.

_1020342

_1020334

_1020324

Crèmes caramel...

_1020314

Des "moinillons" venus de la province toute proche du Qinghai, viennent camper dans la montagne, tout près du monastère.

_1020266

Steppe à 3000 mètres d'altitude. derrière les montagnes, le Qinghai.

_1010993

_1020657

Le soir, monastère de Labrang. Le moine sur le toit psalmodie des sûtras. Ses confrères, que l'on imagine assis en rond au centre de la cour, répètent. De chacune de ces maisons se lève un tel chant, qui monte dans le ciel et résonne dans la montagne.

_1020665

dqfsdfhjyt

fdhgdgfs

SDC16055

Six heures trente du matin. A l'issue d'une cérémonie, un moine "bonnet jaune" arrange ses affaires;

SDC16096

SDC16089

Détails du chambranle de la porte d'entrée d'un temple.

SDC16111

La tsampa, le plat national tibétain. De la farine d'orge grillée, généralement mélangée à du yaourt. Ou, c'est le cas ici, pétrie dans le Thé au beurre de yack rance salé. J'ai mangé une boulette... Je déteste le beurre en règle générale, mais là, c'est pire. J'ai goûté, mais je n'y reviendrai pas. A moins de vivre là bas pour des années...

SDC16085

Monastère Labrang, le cabinet des écritures. Les moines impriment les sutras gravés sur des plaques de bois. Le billet d'entrée pour la visite de ce local de deux étages, recelant des dizaines de milliers de ces plaques de bois, est un de ces sûtras imprimés. Tout est écrit en tibétain.

SDC16415

SDC16430

SDC16439

_1020303

Ci-dessous, le quartier Hui (mulslman) de Xiahe. Etroites ruelles en terre battue, sans tout-à-l'égout. On remarque ci-dessus, un petit chörten au-dessus de la porte : les tibétains peuvent aussi vivre là, bien sûr!

SDC16074

Quartier Hui de Xiahe. Une mosquée. La petite tour sur la droite est typique des mosquée chinoises. Toits verts : couleur de l'Islam.

SDC16075

SDC16079

SDC16065

Proche du Tibet.... Ici, dans l'artère principale de Xiahe, une voiture immatriculée au Tibet.

_1020626

 

 

Publicité
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>
从水之道而不为私焉
  • Un blog de Frédéric Pauchot alias Bao Shoufei (bsf), prof de chinois. la Chine, comme toujours, le monde, vu d'un papillon, le papillon de Zhuangzi... Toutes les photos et textes sont de l'auteur, sauf mention contraire.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité
Publicité